Lorsque l’on fait partie d’une minorité, et que l’on se retrouve en marge de la société par le biais d’un handicap ou d’un autre inconvénient de la vie - qui soit dit en passant devient un vecteur principal influençant l’évolution de notre propre existence - devient-on solidaire des gens qui nous ressemblent et qui involontairement souffrent des mêmes inconvénients ? Je n’en mettrais pas ma main au feu. Au contraire, je penserais davantage que pour avancer dans la vie, il vaut mieux le faire en solitaire, et ne surtout pas compter sur son voisin qui est concerné par le même problème, pour y trouver un soutien, un réconfort et une aide afin d’avancer dans la vie et d’atteindre le même but que le valide, pour celui dont le problème est un handicap physique bien sûr.
Dans le monde du handicap, la solidarité n’existe pas, elle en devient une faiblesse pour celui qui en use, se verra-t-il aussitôt écrasé par celui qui en bénéficie, car dans l’ombre de cette compétition de la vie, il n’attendra que cette occasion pour prouver qu’il est moins handicapé que l’autre. Alors que j’ai bientôt trente-neuf ans, je peux constater que tout au long de mon existence, je n’ai trouvé que de l’hostilité et des comportements décevant chez les personnes handicapées. Tout a commencé lorsque j’avais treize ans et que j’avais intégré un centre où ne vivaient que des enfants souffrant d’un handicap. Pour ma part, j’avais vécu le début de ma vie scolaire avec des enfants valides, baignant dans un monde douillet de compréhension, où il faut l’avouer, j’étais presque surprotégé. Lorsque je me suis retrouvé parmi des contemporains handicapés comme moi, je me suis naïvement fait prendre dans leur piège. Constatant tout de suite que pour eux la vie n’était que compétition, une compétition qui consistait à prouver que son propre handicap est moins grave que celui de son voisin. Je ne pouvais faire confiance à personne et ne devais compté que sur moi, parmi des gens qui me ressemblaient, je me sentais encore plus seul que lorsque je me trouvais entouré de personnes valides.
Alors que je croyais que ce n’était que des histoires de gamins, ma vie d’adulte m’a prouvé le contraire. Je ne veux pas revenir sur l’histoire de ma voiture, qui a été transformé dans une entreprise dont le patron est handicapé, même si elle est l’exemple type qu’une personne handicapée ne peut trouver de solidarité chez l’autre personne handicapé. Je suis convaincu que la chose se serait mieux passé si le patron n’avait pas été en fauteuil roulant, au lieu de me considéré comme un client, préférait-il se voir en position de supériorité s’amusant à m’arnaquer, à se jouer de moi et pour finir à m’insulter comme aucun autre patron aurait osé le faire à son client.
Dernièrement par le biais d’amis, j’ai fait la connaissance d’une personne handicapée, nous étions tous le deux invités à un souper. A peine une heure s’était écoulée, je ressentais déjà qu’il installait un processus de compétition entre nous, ce qui m’a réconforté dans l’idée que le monde du handicap est moins raisonnable que ne peut l’être celui des personnes valides avec une personne handicapée, et pour cela, la personne handicapé devrait un peu prendre exemple sur la personne valide !